Et si ton succès était aussi un coup de chance ?
Des chercheurs ont simulé 1000 carrières sur 40 ans. Le plus doué finit 93e. Ce que ça change à la façon dont tu diriges.
En 2018, trois chercheurs italiens ont simulé 1000 carrières sur 40 ans. Chaque agent avait un niveau de talent tiré au sort sur une courbe en cloche, et des événements aléatoires sur sa route. Le résultat : la répartition finale des richesses ne suivait plus du tout la courbe du talent. Le plus doué finissait 93e. Les vingt premiers avaient tous un talent supérieur à la moyenne, mais aucun n'était exceptionnel. Ils avaient surtout eu la meilleure trajectoire de chance.
C'est une simulation, mais le terrain dit la même chose. Jim Collins a passé des années à étudier les entreprises qui surperforment dans la durée, et il est arrivé à une conclusion voisine. Les dirigeants qui durent ne sont pas plus chanceux que les autres. Ils font quelque chose de radicalement différent avec la chance qu'ils reçoivent. Il appelle ça le Return on Luck.

Le timing
Chez DataDome, j'ai vécu le Return on Luck sans le nommer. Le coup de chance, c'était le timing : le marché du bot management a explosé au moment exact où on avait un produit qui marchait. Ce timing n'avait rien à voir avec notre intelligence. En revanche, ce qu'on a fait avec ce timing, ça c'était notre Return on Luck. En neuf mois, on a doublé l'équipe, repositionné l'offre sur les plateformes e-commerce au moment où elles paniquaient sur la fraude, et signé dix gros contrats. Si on s'était contentés d'encaisser le bonus, on serait restés une petite boîte de plus dans un marché en croissance.
Le mérite comme blindage
Le bon timing, le bon associé, la rencontre avec le bon fonds au bon moment. C'est tentant d'attribuer tout ça à ta vision et à ton exécution. C'est un moteur puissant. C'est aussi un blindage contre la lucidité.
Le fondateur qui attribue tout au mérite devient le plus fragile quand la chance tourne. Il n'a pas construit de réserves, pas prévu de plans B, pas développé le réflexe de se préparer au pire. Il a optimisé pour un monde où sa trajectoire de chance continue. Ce monde n'existe pas.
Encore debout
Collins observe que les dirigeants qui durent pratiquent ce qu'il appelle la paranoïa productive. Ils mettent de côté alors que tout va bien, construisent des scénarios de crise quand leur board ne voit que la croissance. Ils gardent du cash quand le marché dit de réinvestir.
J'ai vu des fondateurs lever en pleine euphorie et tout réinjecter dans la croissance, persuadés que le marché leur donnait raison. Quand il a tourné, ils n'avaient plus de quoi tenir six mois. Ceux qui sont encore là aujourd'hui avaient gardé de quoi survivre à un hiver qu'ils ne voyaient pas venir.
Cela n'est pas du pessimisme, c'est une tactique pour être encore là quand la prochaine fenêtre s'ouvre, et avoir les moyens de foncer dedans.
La question n'est pas "est-ce que j'ai eu de la chance "? Tu as eu de la chance. Ton talent t'a permis d'être dans la partie. La chance t'a mis à cette table plutôt qu'une autre.
La prochaine fenêtre va s'ouvrir. Qu'est-ce que tu fais pour être prêt ?
Talent vs Luck: the role of randomness in success and failure
he largely dominant meritocratic paradigm of highly competitive Western cultures is rooted on the belief that success is due mainly, if not exclusively, to personal qualities such as talent, intelligence, skills, efforts or risk taking. Sometimes, we are willing to admit that a certain degree of luck could also play a role in achieving significant material success. But, as a matter of fact, it is rather common to underestimate the importance of external forces in individual successful stories. It is very well known that intelligence or talent exhibit a Gaussian distribution among the population, whereas the distribution of wealth - considered a proxy of success - follows typically a power law (Pareto law). Such a discrepancy between a Normal distribution of inputs, with a typical scale, and the scale invariant distribution of outputs, suggests that some hidden ingredient is at work behind the scenes. In this paper, with the help of a very simple agent-based model, we suggest that such an ingredient is just randomness. In particular, we show that, if it is true that some degree of talent is necessary to be successful in life, almost never the most talented people reach the highest peaks of success, being overtaken by mediocre but sensibly luckier individuals. As to our knowledge, this counterintuitive result - although implicitly suggested between the lines in a vast literature - is quantified here for the first time. It sheds new light on the effectiveness of assessing merit on the basis of the reached level of success and underlines the risks of distributing excessive honors or resources to people who, at the end of the day, could have been simply luckier than others. With the help of this model, several policy hypotheses are also addressed and compared to show the most efficient strategies for public funding of research in order to improve meritocracy, diversity and innovation.
Talent vs Luck: the role of randomness in success and failure